RGPD et nouvelles régulations numériques : vers une cohérence renforcée du cadre européen de protection des données


Le Comité européen de la protection des données (CEPD) affirme de plus en plus clairement le rôle central du RGPD au sein de l’écosystème normatif numérique européen. Le RGPD est désormais conçu comme une norme de référence structurante, destinée à s’articuler avec le Digital Markets Act (DMA), le Digital Services Act (DSA) et le futur règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act).
Cette approche s’inscrit dans la stratégie 2024–2027 du CEPD, qui vise explicitement à renforcer la cohérence réglementaire, la sécurité juridique et l’effectivité des droits fondamentaux dans un contexte de multiplication des obligations numériques.
Les lignes directrices conjointes publiées par le CEPD et la Commission européenne constituent une avancée structurante en matière de gouvernance numérique européenne. Elles visent à garantir une application complémentaire du RGPD et du DMA, en particulier à l’égard des plateformes qualifiées de gatekeepers.
Plusieurs principes clés sont réaffirmés :
Ces clarifications traduisent une volonté explicite d’éviter toute lecture autonome du DMA qui affaiblirait le niveau de protection garanti par le RGPD.
L’entrée en vigueur progressive du règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) confirme cette logique d’articulation normative. Le législateur européen a expressément prévu que l’AI Act s’applique sans préjudice du RGPD, notamment lorsque les systèmes d’IA impliquent des traitements de données personnelles.
Plusieurs points d’attention majeurs se dégagent :
Le CEPD et le Contrôleur européen de la protection des données ont d’ailleurs souligné à plusieurs reprises que le RGPD demeure l’outil central de protection des personnes face aux usages intensifs de l’IA.
Au-delà des textes de principe, le CEPD poursuit une démarche résolument pragmatique en publiant des recommandations ciblées à destination des acteurs économiques.
Parmi les sujets récemment abordés figure la question de la création obligatoire de comptes utilisateurs dans le commerce électronique. Le CEPD rappelle que :
Ces recommandations témoignent de la volonté du CEPD de rendre le RGPD plus opérationnel, en ciblant directement les architectures de sites, les parcours clients et les systèmes CRM.
Le CEPD a également engagé une action coordonnée européenne portant sur le droit à l’effacement (article 17 du RGPD), mobilisant plus de trente autorités nationales de protection des données.
Cette initiative poursuit deux objectifs principaux :
Ce type d’action marque une évolution significative du rôle du CEPD, désormais pleinement engagé dans la coordination opérationnelle de l’application du RGPD à l’échelle européenne.
Les évolutions récentes confirment la transformation du CEPD en véritable pilier de la régulation numérique européenne. En clarifiant l’articulation du RGPD avec le DMA et l’AI Act, en formulant des recommandations opérationnelles et en coordonnant les actions des autorités nationales, le CEPD contribue à consolider un cadre juridique cohérent, protecteur et effectif.
Le RGPD apparaît ainsi non comme un texte isolé, mais comme le socle transversal d’un écosystème normatif intégré, destiné à encadrer durablement les usages numériques, les plateformes structurantes et les systèmes d’intelligence artificielle.
Comité européen de la protection des données (CEPD), Strategy 2024–2027